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André Chevalier

 

 

 

(…) Je suis né le 28 octobre 1922 à Donnezac en Gironde. Mon père était originaire de Vendée et ma mère des Deux-Sèvres. Mes parents s’étaient réfugiés en Gironde avant ma naissance.  Quelques années après, ils déménagèrent à Montendre, en Charente-Maritime.
Il était chartier. Il livrait des engrais, de la quincaillerie, venant de la société Roy, traînés par ses deux percherons. De superbes bêtes, ayant un caractère quelque peu teigneux.

Nous étions cinq enfants, trois filles et deux garçons, ma mère était donc femme au foyer. J’étais le 3e enfant.  Je faisais ma scolarité à Montendre, jusqu’au certificat d’étude. Comme nous avions peu d’argent, il était donc impossible pour mes parents de m’offrir un quelconque apprentissage ou études supérieures. Mon père me sollicita vivement pour le travail. J’ai par conséquent fait comme beaucoup de gens, commencé à travailler tôt, me débrouillant par mes propres moyens… Je me proposais à tout travail et travaux de campagne, pour vivre et aider ma famille.  Il en était ainsi, et cela ne me dérangeait pas.

Mon père avait instauré une éducation rigide, mais saine, au sein de notre famille. Nous devions être respectables envers autrui, être toujours présent pour les gens dans le besoin. Là reposaient toutes les bases de notre éducation. Sa scolarité, il l’avait faite en Vendée, chez les « Frères ». Famille de catholique, il ne nous imposa pas d’être pratiquant. Cependant, je devenais enfant de cœur, c’était la coutume et culture de l’époque.

Au début du conflit franco-germanique, et même avant guerre, il n’était pas questions d’entreprendre un sujet politique à la maison, résultat de biens des problèmes dans d’autres familles. Mon père voulait que sa famille entretienne des relations saines, sans détour ! C’est donc par cette attitude paternelle protectrice que nous laissions de côté les discordances politico-économiques européennes de l’époque.
Il nous rappelait souvent les horreurs engendrées par les assoiffés de pourvoir et belligérants sans vergogne de la Grande guerre de 14-18.
Henri, Raoul de son nom, y avait été brancardier, au chemin des Dames. Homme silencieux, introverti, il laissait pourtant apparaître toujours une petite larme, lorsqu’il parlait de ses blessés, qui lui demandaient souvent de les achever pour alléger leurs souffrances, trop grandes ! Il était désappointé, lorsque ces derniers lui parlaient de leurs femmes et de leurs enfants qu’ils ne révéraient sans doute jamais…
Blessés à deux reprises aux pieds, il avait obtenu cinq titres de guerre à l’ordre de l’armée : un à l’ordre du corps d’armée et un à l’ordre de la Division. Il fut médaillé militaire au feu et nommé Chevalier de la Légion d’honneur.

C’était un brave homme, un homme juste et droit ! Quant-à moi, il était évident que je ne pensais à rien, seulement à ma vie d’honnête homme, celle que mon père nous inculquait. Travailler correctement, respecter les gens en général ! Tel était bon but. Mon père ne nous aurait pas laissez aller à des discussions de ce genre.  Jeune gosse, je voulais pourtant comprendre, mon père me dit alors « je fais mon devoir d’homme, donc continu à faire le tien ! ». Il en était de même en mai 1940. Pas un bruit, tout le monde était pourtant choqué, et principalement les hommes, mais nous ne changions en rien nos habitudes.

Et puis, j’ai vu arriver les Allemands. L’atmosphère pesait, quoi faire ? J’avais à peine 18 ans, je ne pensais pas à me battre, surtout pas. Les exactions pouvaient être dramatiques. Nous n’avions pas appris à la maison à braver les brimades. Puis, en décembre 1941, habitant Montlieu La Garde, en zone occupée, nous décidions avec quelques camarades, de nous rendre à l’intendance de La Rochelle pour s’engager dans l’Armée Française. Je parlais avec ma sœur de mon envie de partir, de passer en zone libre. Il était difficile pour des jeunes gens en quête de liberté comme nous, de vivre quotidiennement dans l’interdit, nous voulions nous épanouir sur un territoire libre ! Ma sœur, habitait à La Rochelle. Elle me renseigna sur cette éventuelle possibilité « honnête », de passer de l’autre côté de la ligne par le biais d’un engagement militaire.  « Advienne que pourra », nous décidâmes donc de partir pour La Rochelle. C’est au 24e Régiment d’Artillerie que nous nous sommes engagés.

La zone libre représentait pour nous la liberté, il fallait à présent passer ! Là, nous pourrions trouver des gens susceptibles de nous diriger vers De Gaulle, car tel était notre objectif.  Papiers et affectations en poche, nous partions de La Rochelle, en train, à destination de Bordeaux. Nous étions une poignée d’amis.  Arrivée en gare de Bordeaux, nous changeons de train, pour Langon, la zone libre enfin !
Lorsque nous nous installons dans le train, je vis de nouveau un type que j’avais précédemment vu sur les quais. Il avait l’air bonne enfant, mais nous suivait de temps à autre du regard. A Langon, le type descendit et nous adressa curieusement « Voilà ! Vous êtes libre ! », en nous donnant une tape dans la main. Qui était-ce ? Je ne serais jamais… Effectivement nous y étions. Cependant, nous restions prudents, on ne savait pas trop où nous diriger pour rencontrer les gens qui nous aideraient à participer à la lutte que De Gaulle menait. De plus, nous nous faisions pas trop bavards. On pêchait le faux pour savoir le vrai, avec la prudence qui se doit !

(…) Nous nous rendons donc à Agen au 24e R.A. C’est à la gare que nous sommes accueillis. Nous restons à Agen deux ou trois mois. Les échanges avec mes parents n’existent plus, je vais rester à ce moment précis, quatre années sans les voir. Ce n’était pas grave ! Je me rassasiais de mon idéal de rejoindre le chef, De Gaulle. Je me rappelais sans cesse que mon père avait accompli son devoir en 14 (comme il me le répétait souvent), je pensais donc fortement que 41-45, allait devenir la période où j’allais accomplir le mien.
(… ) Arrive l’instant où nous devons partir pour Marseille, afin d’embarquer pour Bizerte en Tunisie. Le 16 février 1942 nous partons de Marseille et débarquons le 18 février 42 à Bon près de Bizerte.  J’incorpore le 67e R.A. de montagne fixé à Batna. Là, je devais partir pour la campagne de Tunisie avant de déserter, contre les Allemands et Italiens. J’étais artilleurs. Les moyens étaient rudimentaires, les canons étaient tirés en montagne par les mulets ! C’était dur ! Nous n’avions pas de ravitaillement ! On nous proposait des patates bouillies pourries ! Les asperges sauvages de montagne étaient appréciées !

Lorsque les Américains débarquèrent, il fut plus facile pour nous de commencer à parler. Avant, même si nous étions avec des Français de la Zone Libre, il était prudent de se méfier. Les sujets de conversations donnaient lieu à des réflexions gênantes sur nos chefs et représentants politiques. Nous avons préféré abattre la carte du silence et attendre avec patience le moment opportun. Le 18 avril 1943, notre régiment participe à la campagne de Tunisie aux côtés des Anglais. Repoussé par une attaque de l’Afrika-Korps, nous trouvons refuge dans la Plaine d’Ousseltia au pied des montagnes. Profitant d’une confusion entre notre unité et des patrouilles italiennes, au cours d’une nuit noire, certains désertent pour rejoindre une unité de la France Libre au lieu-dit : le pied de Djebel Zagouan en Tunisie. Je fais parti de ces déserteurs. Nous savions où aller, il suffisait d’écouter les canons des Anglais et des Français qui remontaient vers le Nord.

Lorsque nous arrivons dans la banlieue de Tunis, avec mes camarades, nous cherchons de suite à passer dans les rangs des Forces Alliées. Les filières sont bien organisées, nous sommes récupérés rapidement par un lieutenant du 3e RAC de la France Libre.  Nous sommes alors « déshabillés ». On nous affuble d’un short et d’une chemisette. On est camouflé dans un camion, bâché, stationné en lieu sûr, pendant que défilait la 1ère DFL avec les Britanniques.  Par la suite nous avons rejoint le cantonnement 3e RAC pour être acheminés dans la forêt de Sabratha, au Nord de Tripoli en Libye. Nous sommes heureux de faire parti de l’effectif des Français Libres. Un soir, nous descendons dans les arènes de Tripolie, Joséphine Béquer est venue chanter pour nous.  Nous restons sur place un mois environ, le détachement comprend tous les éléments de la 2ème DFL.. Nous sommes dirigés sur Temara au Maroc le 1er sept. 43, où nous restons jusqu’au 15 avril 44. C’est là que va être formée la 2ème DB, en octobre 1943. Durant cette période de formation, nous touchons du matériel américain, Sherman, Half-Track, Jeep, GMC, ambulance, etc., tout le matériel nécessaire pour former une division. Nous incorporons des gens de l’Afrique du Nord, (pieds-noirs, Arabes…) et notamment les effectifs de l’armée Giraud qui n’attendaient que cela ! Une partie de nos unités part avec la premières armée et l’autre est restée.

Je suis détaché un moment (1 semaine ou 2) pour la perception du matériel à Casablanca, acheminé par les chemins de fer vers le Maroc, je demande vite de reprendre ma place de pilote de char et retrouver mes camarades. On s’entraîne tous les jours, maniement d’armes et des véhicules (45 tonnes de ferraille c’est dur à conduire au périscope ), instruction militaire…  Les pieds-noirs on une bonne mentalité. S’installe rapidement entre nous un climat fraternel. Il fut toujours présent durant toute la durée de la guerre. Aucunes discriminations n’étaient faites à l’égard des Arabes et des pieds-noirs. Nous nous considérions tous comme des frères. Ils avaient le sang chaud et affrontaient n’importe quels dangers. Il fallait souvent les freiner. Nous avions une batterie formidable !

Le 16 avril 1944 placé sous le commandement du Général LECLERC, l’unité embarquait à Casablanca, pour l’Angleterre. Le 27 avril 44, nous débarquons à Swenssy.  Puis, via le Nord de l’Ecosse vers Hull, cantonné à Tibthorpe du 28 avril 44 au 7août 44.
Le 8 août 44, j’embarque à Southanton sur des Landings Craft des bateaux à font plat, au sud de l’Angleterre près de Liverpool pour partir à la reconquête de la France. Ca y est, nous ne pouvons plus reculer, nous allons devoir foncer et ne pas regarder derrière nous, c’est la stratégie d’avancement et d’attaque de la 2ème DB. Nous apercevons le 9 août 44 les côtes françaises, nous montons dans nos chars près à descendre sur les plages de Saint Mère l’Eglise.

On constate les dégâts, plus rien, plus de maisons. Mais notre enthousiasme, notre joie d’être enfin là, maquille rapidement les ruines.
Je descends donc avec mon char baptisé « Pluton », « Dieu de l’Enfer ». Nous, ce que nous espérions c’était la guerre ! On fonce !
Après d’âpres combats, nous repoussons l’ennemi « les Panzers ». Itinéraire : Sainte Mère l’Eglise, forêt d’Ecouvres, Alençon, Argenton, Carouges. La Normandie, retrouve l’armée française tant attendue, les premières semaines d’août 1944. La foule est en délire, nous étions comme des rois partout où nous passions, il y avait des gens, mais notre but était de foncer libérer la France, nous laissons les gens derrière nous. Du côté de Longjumeau, Anthony au sud de Paris à l’instar de la Porte d’Orléans, Leclerc, me dit : « on va bientôt être libre, nous allons libérer Paris ». La discutions est brève. Mon régiment 64e RADB (Régiment d’Artillerie Division Blindée) attend que quelques heures, il devait être 22 heures lorsque nous sommes entrés dans Paris.

Par la suite, l’unité se dirige sur Paris. Nous arrivons aux portes de Paris par la banlieue Sud, Arpajon, Longjumeau, Antony, la Croix de Berny pour arriver Porte d’Orléans et s’infiltrer dans la capitale, plus précisément rue de Rivoli à l’hôtel Meurice où siégeait la Kommandantur.
Les combats pour la libération de Paris continuent et le 25 août 1944, les Allemands capitulent.
La 2ème DB cantonnée par la suite au Jardin des Plantes, puis le Bois de Boulogne, a reçu l’ordre de se rendre dans l’Est pour repousser l’ennemi, les combats ont eu lieu dans les villes suivantes : Lunéville, Baccarat, Phalsbourg, Saverne, Saint Christ, Strasbourg, Benfeld, Col de Saverne, Col de Dabo et les villes frontalières.  Nous sommes en hiver 1944, où nous apprécions du repos dans l’Alsace. L’Hiver se passe bien avec tout de même un –25 C°. J’avais pourtant écrit parfois à mes parents par la Croix Rouge, mais mes parents n’ont rien reçu. Malgré cela, je continuais mon devoir !

En mars 1945, l’unité est contactée par le haut commandement pour nous rendre dans l’Ouest de la France, où de violents combats ont lieu.
C’est la poche de Royan, bombardée par l’ennemi. Nous descendons à la pointe de Royan, avec le 12e Cuir, nous stationnons à Taillebourg près de Tonnay Charente. Nous restons à peine un mois. C’était très dur, mais nous sommes des hommes de front !  L’armée allemande condamnée, capitule dans la région de la Charente-Maritime, nous sommes rappelés en Alsace pour repousser l’envahisseur allemand.
Les combats ont lieu à Bitche, Haguenau et bien d’autres lieux. Notre progression est constante, en 24 heures l’ennemi est anéanti, notre campagne prend fin à Strasbourg où est organisé un grand défilé Militaire pour saluer le départ du Général LECLERC. Après avoir défilé à Paris, je profite d’une permission, il y a des recrutements pour l’Indochine. Je pars sur le Suffren, bateau de guerre et embarque à Toulon le 27 septembre 1945, c’est une autre guerre.

Président des Médaillés Militaires 119e Section du Grand Angoulême,
Délégué Général Adjoint du Souvenir français pour la Charente, Secrétaire, Trésorier.
Trésorier adjoint à la société d’entraide de la Légion d’Honneur de la Charente.
Président de la Commission de contrôle financier de la Société des Médaillés Militaires et de l’Orphelinat à Paris.
Officier de la Légion de Guerre.

Je conseille aujourd’hui aux enfants de chercher d’eux même auprès de leurs grands-parents, de leurs enseignants ce que nous avons vécu, ce que nous avons donné pour notre patrie…De comprendre qu’il est important de se respecter les uns les autres, car l’individualisme ne même à rien ! Si ce n’est qu’à la perte de l’individu.

Ma devise : « C’est mon devoir ! »